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TEM 2009 TEM 2009

TEM 2009

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Exposition Goviller 2009

« Nous sommes partout et nulle part »

Voilà plus de dix ans que nous exposons ensemble mais jamais nous n’avions fait une œuvre commune. Cette fois-ci, nous avons décidé de mettre à profit tout ce qui nous lie, chacun restant dans son domaine, moi dans la couleur, René dans la forme. Moi, entre ciel et mer, les sculptures de René dans l’espace, dans ce domaine où il se meut avec tant d’aisance. Comment nommer ces personnages ? « Traumtänzer » dit-on en allemand. Comment le traduire ? Des funambules ? Où veulent-ils aller ces anges métalliques, que cherchent-elles ces créatures éthérées dans lesquelles se reflètent le bleu du ciel ou le bleu des vagues, allez savoir…

Peut-être sont-elles à la recherche de Claude qui erre encore entre ces murs ? En tout cas, cette œuvre commune est un hommage cet ami, si loin et si proche, fou d’art et de littérature au point de consacrer avec Alyne toute son énergie et son bien à cet endroit magique dont nous profitons tous aujourd’hui encore, grâce au courage de celle qui continue à s’investir dans leur œuvre commune. Nous avions eu, quelques mois avant sa disparition, une conversation passionnée et prémonitoire sur la mort devant cette « Cinquième Saison » de 25m2 que j’avais exposée sur le mur central, il y a deux ans. Il nous avait raconté, qu’atteint d’une maladie grave lorsqu’il avait une vingtaine d’années, il s’était senti partir, certain de vivre les derniers moments de sa vie et que jamais plus il ne s’était senti aussi serein qu’à ce moment-là. Est-ce cette absence qui nous a inspiré cette oeuvre commune ? Qui m’a fait passer aux couleurs froides, alors que je préconise les rose et mordorés ? Qui a amené René à passer du plexiglas qu’il voulait utiliser pour ses sculptures à l’aluminium finalement ?

Mon idée était de peindre un ciel d’orage, mais finalement je me suis laissé emporter par les vagues, semble-t-il, comme si cet univers-là me correspondait mieux. Entre ciel et mer, le regard se situe ailleurs que dans la simple vision. Il s’approprie ce qui lui est donné à voir. Que se passe-t-il dans la confrontation de deux univers ? Celui qui crée, celui qui contemple ? Que reste-t-il de l’œuvre, de l’intention du créateur face à la sensibilité de l’autre, de son vécu, de son imaginaire ? Qui crée en définitive ?

Pour créer, il faut avoir un moi surdimensionné, imaginer que nous avons quelque chose à transmettre ou du moins à communiquer qui ne peut se traduire que par la matière, la couleur ou des mots sur lesquels on s’attarde dans l’isolement total. Pas ceux du langage, qui sont, eux, conditionnés par la présence physique de l’autre, par ses réparties. Il faut imaginer que nous occupons une place spécifique dans l’univers. Un leurre, bien sûr, mais seule cette illusion nous permet d’occuper l’espace qui nous est imparti dans cette courte vie, de réduire celui qui nous sépare de l’autre, du vrai, du beau, de ce que nous souhaiterions être et qui nous est finalement interdit. Il faut bien se résoudre à cette réalité qui nous réduit à un grain de sable dans l’univers mais aussi dans l’influence que nous pouvons exercer sur le monde qui nous entoure. Nous voudrions tant être partout, tout voir, tout découvrir, tout comprendre et nous nous heurtons à l’inconnu, à commencer par cet inconnu que nous sommes pour nous- mêmes. Où se situer avec toutes ces contradictions qui nous gouvernent, ces idées toutes faites qui nous ont été insufflées, ces désirs qui nous tiraillent dans tous les sens, besoin de liberté et de sécurité, besoin et peur de donner et de prendre…Ces orages et ces éclaircies qui jalonnent notre vie, ballottés que nous sommes entre les utopies qui nous jettent dans la mêlée, les déceptions qui nous plongent dans la conscience de notre médiocrité et de notre solitude intrinsèque.

C’est tout ce questionnement aussi qui m’a inspiré ce tableau, je crois, bien qu’il soit difficile de dire a posteriori ce qui guidé notre main. Sans doute y verrez-vous autre chose et ce sera votre création.

Michèle Frank – Juin 2009

Si nous ne pouvons pas voir la grandeur de l’univers – la grandeur et de la durée de la vie sur terre est encore mesurable – il nous reste ce privilège fondamental : l’espoir et la certitude d’être partout et nulle part. Dans cette immensité que représente le cosmos, nous, les humains, sommes mal placés pour comprendre ce qu’est la vie ou porter un jugement sur elle, mais nous sommes certains d’en partie à part entière. Nous avons compris, que nous ne sommes pas seuls sur la terre ni dans le cosmos. Autour des humains, il y a les plantes, les animaux, l’eau, les pierres, les ondes éthyliques dans ce soi-disant vide, ainsi que tout ce qui compose ce que nous appelons vie. À chaque moment, le cosmos entier nous interpelle par l’intermédiaire de ces ondes, magnétiques, visuelles, sonores ou interplanétaires pour nous rappeler que nous sommes en vie et que nous faisons partie de cette énergie cosmique. Soyons donc conscients, en tant qu’humains qui habitent ce partout et ce nulle part , que nous sommes des fils conducteurs des hautes valeurs que sont la solidarité, la fraternité, la liberté dans la diversité éternelle.

Albert Einstein, répondant à son fils qui le questionnait sur ses essais scientifiques concernant l’univers et sa théorie de la relativité, lui donna l’explication suivante: ” Lorsqu’un un insecte aveugle rampe sur une branche courbée, il ne se rend pas compte qu’elle est courbée. J’ai eu la chance, que l’insecte n’a pas eue , de le remarquer.”

Si la matière était la finalité de la vie, elle ne pourrait plus se travailler, se fondre en parties, elle resterait inerte, le ciel ne changerait plus, les étoiles se tairaient. La vie donne forme à toute matière, la change et la transforme.

S’il y avait un dieu, il ne pourrait que s’appeler vie.

René Wiroth – juin 2009