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Biographie de Michèle Frank

Curriculum Vitæ

Née à Châtellerault (France)

Études Universitaires : Lettres Modernes à la Faculté Française de l’Université de Sarrebruck (Allemagne) et l’Université de Dijon (France)

1980 Découvre la peinture qu’elle travaille en autodidacte (encres, huiles, peintures et brûlures sur différents matériaux)

1987 Rencontre avec René Wiroth qui l’incitera à exposer

Michèle vue par IsabelleIMG_0820

Autoportrait

Autodidacte, je suis passée, il y a une vingtaine d’années de ma passion pour la littérature à la passion pour la peinture. Toutes les matières, tous les outils qui permettent l’expression picturale immédiate, la toile, le crêpe de chine, le papier, le cuivre, lestyropore, les pigments, les pastels, l’huile, l’encre et même le chalumeau me servent de support. De la mélancolie des bleus à l’exubérance des rouges, des oranges éclatants aux couleurs les plus tendres, toutes les couleurs m’enchantent. Sans oublier lafeuille d’or et les paillettes, qui à un moment de fascination pour le monde stellaire d’Hubert Reeves, m’ont permis de traduire le scintillement des étoiles et des galaxies.

Ma première exposition « Paysages Intérieurs » et celles qui l’ont suivie étaient un cheminement vers la lumière, une lumière impossible à capter et à retenir. Puis, comme si ces chemins ne devaient pas me conduire là où je voulais, je me suis tournée dans mon exposition « Points de Fuites » au Théâtre d’Esch vers la voûte céleste, dont j’ai tenté de saisir le mystère, à la recherche d’un point lumineux vers lequel l’imagination s’évade, quand le « comportement de fuite sera le seul à permettre de demeurer normal par rapport à soi-même » (Henri Laborit), dans un monde où l’on ne se retrouve plus. Le seul qui permette de rester cohérent, à des moments où les hommes, comme saturés d’eux-mêmes, ballottés entre leurs pulsions de vie et de mort, n’en peuvent plus de tourner en rond, de subir la domination et de l’exercer, sans parvenir à satisfaire leur volonté de puissance, sans trouver de réponse au pourquoi de leur existence, de leur souffrance, de leur solitude et déclenchent une situation d’urgence pour échapper au vide et se donner l’occasion de se mesurer.

À l’affût des rêves et des cauchemars, à coups d’aiguille, à coups de couteau, à coups de cœur, à la recherche des couleurs qui s’aiment, avec comme compagnons des lucioles, des feux follets, des dragons, des météores, mes « Errances » (titre de trois expositions) m’ont aidée à panser quelques blessures. La vie parallèle que permet la représentation du monde onirique, accorde le privilège de devenir ordonnateur de sa vie et de trouver une certaine harmonie entre son univers propre et le réel.

Il y a quelques années déjà, je me suis dirigée vers une peinture gestuelle, tentant d’exprimer, dans la spontanéité la plus totale, la violence des sentiments, l’angoisse, la jubilation, toutes ces choses que notre éducation tend à enfermer pour faire de nous des êtres lisses, adaptés au fonctionnement que la société attend de nous. En maniant la couleur et les matières selon mon bon plaisir, dans le seul but d’expérimenter et d’exulter. Les derniers travaux que j’ai présentés aux cotés des sculptures de René Wiroth, après une vingtaine d’expositions à Luxembourg, en France, en Suisse, en Belgique, en Allemagne, sont une recherche sur la matière, avec la couleur et le feu.

Je voudrais arriver à une peinture qui soit comme un son, une voix, qui sortirait non de la gorge, mais du diaphragme, c’est-à-dire qui exprime l’authenticité, l’abandon de tout ce qui ne fait pas partie intégrante de l’être que je suis, que je désire affirmer et reconnaître avec toute sa médiocrité, ses faiblesses, ses angoisses, son enthousiasme et sa joie de vivre. En ce sens, je considère ma peinture comme une manifestation de la matière et de l’expression « brute », je dirais même physique, violente et enjouée tout à la fois. Même si elle semble parfois sophistiquée. De ma démarche, que je dévoile ici, j’espère faire naître d’autres interrogations.

Expérimenter, communiquer et partager.

Michèle Frank, Septembre 2001
Texte extrait de” L’or et l’argile, l’art et le quotidien”, écrit et illustré en collaboration avec René Wiroth

 

Du rêve et du vent !

Depuis quelques années, je suis revenue à la peinture à l’huile, grands fomats. Cette activité, qui alterne avec l’écriture, occupe presque tout mon temps.

Que peignez-vous ? me demande-on parfois. Je réponds, les derniers temps : « Du rêve et du vent ! »On prend cela pour une boutade et j’ ajoute, pour donner un semblant de sérieux à ma réponse : « Des morceaux d’espace comme pris en grand angle. » Mais en fait c’est cela que je peins, à grands coups de couteau et de chiffon. Des branches qui s’entrelacent, des fourrés où l’on peut se cacher, de grands espaces presque sans couleur où l’on peut s’évader et se perdre. Du flou, où tout s’efface comme balayé par le vent. Je pars quand je peins et je voudrais qu’on me suive dans ces évasions, sans autre but que d’être ailleurs que dans la grisaille. Je pense au vent, parce que je pense que sa peinture n’a pas de poids, mais aussi parce que le vent vous emporte là où il veut et que vous n’êtes pas responsable. Je voudrais peindre autre chose, je voudrais faire des tableaux qui provoquent, qui dénoncent l’insoutenable, à la manière de Guernica, mais je n’a pas l’engagement nécessaire ou trop peur de ne pas savoir dire. La violence me fait peur, je préfère n’être qu’une coloriste donnant à voir à chacun ce qu’il souhaite, ébauchant des personnages, des animaux qui ne sont pas visibles au premier coup d’œil mais qu’on découvre en rêvassant devant mes tableaux. L’énergie qui se dégage de mes toiles me suffit. La peinture m’a ouvert des horizons incroyables, que je n’ai pas fini d’explorer, de même que l’écriture, qui fuse comme de la lave et me permet de creuser l’inconnu en moi, comme en chacun de nous.

Michèle Frank, Janvier 2002

 

A Pictorial Autobiography

“What is it that paints in me?” A question which Michèle” asks herself in her conference on “Feminine Identity in Art”. She thinks that she isn’t the one who paints but something which is stronger than herself.

Myself, I think that she draws in that which nature has of magic, its power, its force and the energy that she uses on her canvases to express the chaos of the human soul, its anguish, its pain, its humors and its contradictions. Michèle operates like miners who in other times went down into the depths of the earth to extract treasures. She goes down to the bottom of herself, to pull up fantastic beings, monsters, animal-plants, trees that are leafless or burnt in her imagery and integrates them in lunar landscapes, savage forests, profound and violent seas. The tales of these journeys realized with blow of paintbrush or knife, blurred by fingertips show us what words cannot describe in a novel, their metamorphosis at the heart of nature. Each tree can become an animal, the sea can become forest, a plant can become an insect. Everything is infused with light. This is a determinate step in her work. Bringing forth thousands upon thousands of new stories, always different one from the other, she uses nature to express her inner world. A world of both dreams and fantasy in which she re-establishes clear order with her fingertips, so often serving as brushes, scratching the stretched canvas, sometimes making holes, such is the intensity with which she works to bring fort the essence of her eternal silence… This anger which alternates with sensibility makes her travel on a tense cord to pierce the secrets of nature and the human soul through her own experience and, that of others with whom she has a strongly tendency to identify herself.

Michèle paints as she writes, spontaneously, without deletions, liberating the energy which lives within her. When she writes, she tries to sound the human soul choosing herself as target. When she paints, it is nature in all its moods which lets her recount the stories that must be decrypted through the touches of violent and tender color which like words, like sounds, provoke one after the other a sensation of heat or cold, of calm or effervescence. As no one can build without terrain, her terrain is her canvases. But the true owners are the four elements: water, earth, sky and fire. She describes for us the obstacles which every being must negotiate to survive. Each time she invents different scenes to surprise, to surprise herself, in the tumult of mother earth.

The abstraction which could be her art is in some way but the extraordinary enlargement of her interior world. In this way she shows this unity which exists between the greatest and the smallest in this primary urgency that is the quest for equilibrium. Michèle places herself far from this superficial formalism of the visible. She utilizes matter to give it a meaning, that of an obstacle, yes, but also an indication of a possible path.

While the artists of the 19th and 20th centuries examined nature using it and studying scientific principles, Michèle is preoccupied by human nature with all its characteristics, this human who is nothing more nor less that an infinitely small part of nature. She has pierced the canvas filled with dogmatic rules which were part and parcel of past views to once again find in that which we are, that which we were millions of years past: beings hunted by disasters provoked by natural phenomenon, the incommunicability and barbarity of mankind.

René Wiroth, February 2009