{"id":521,"date":"2014-01-28T16:59:00","date_gmt":"2014-01-28T15:59:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.frank-wiroth.lu\/michele-frank\/?page_id=521"},"modified":"2014-06-09T16:15:07","modified_gmt":"2014-06-09T14:15:07","slug":"lor-et-largile","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.frank-wiroth.lu\/michele-frank\/publications\/lor-et-largile\/","title":{"rendered":"L&rsquo;Or et l&rsquo;Argile"},"content":{"rendered":"<p>Ces deux artistes, apr\u00e8s avoir travaill\u00e9 et expos\u00e9 s\u00e9par\u00e9ment, avant et au d\u00e9but de leur rencontre, ont d\u00e9cid\u00e9 de travailler sur la compl\u00e9mentarit\u00e9 homme-femme et ponctu\u00e9 leur d\u00e9marche d\u2019un livre paru en septembre 2001, sous le titre \u00ab L\u2019or et l\u2019argile \u00bb, sous-titr\u00e9 \u00ab L\u2019art et le quotidien \u00bb, (paru \u00e9galement en version allemande sous le titre \u00ab Gold und Lehm, Kunst und Alltag \u00bb), qu\u2019ils pr\u00e9sentent ainsi :<\/p>\n<h2><span style=\"line-height: 1.5em;\">L\u2019Or et L\u2019Argile,\u00a0<\/span>L\u2019Art et le quotidien<\/h2>\n<div class=\"divider\"><h5><span> <\/span><\/h5><\/div>\n<h3 align=\"justify\">Sur le choix des Photos de l\u2019exposition dans le livre.<\/h3>\n<p align=\"justify\">Le choix des photos que nous avons juxtapos\u00e9es est un choix spontan\u00e9, guid\u00e9 par les couleurs et les formes. Ce sont des \u0153uvres de p\u00e9riodes diff\u00e9rentes, sans interf\u00e9rences d\u2019influence apparente. Pourtant, nos amis, auxquels nous avons pr\u00e9sent\u00e9 notre projet, nous ont fait remarquer l\u2019analogie des formes entre certaines sculptures et certains tableaux, qui nous avaient \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 premi\u00e8re vue. Tout particuli\u00e8rement dans \u00ab Le N\u0153ud \u00bb, au centre duquel on retrouve le profil de la sculpture de Ren\u00e9. Dans certains collages aussi, o\u00f9 se profilent les lignes des bronzes. Mais la correspondance ne s\u2019exprime pas toujours sous cette forme, l\u2019harmonie, malgr\u00e9 la personnalit\u00e9 propre qui s\u2019impose, nous semble \u00e9vidente.<\/p>\n<p align=\"justify\">A vous d\u2019en juger\u2026<\/p>\n<p align=\"justify\"><div class=\"divider\"><h5><span> <\/span><\/h5><\/div><\/p>\n<h3 align=\"justify\">Titre du livre<\/h3>\n<p align=\"justify\">Choisir un titre n\u2019est pas chose facile, surtout pour une oeuvre commune.Nous avions opt\u00e9 tout d\u2019abord pour Compl\u00e9mentarit\u00e9 Homme-Femme, puis pour Envol et D\u00e9chirements.<\/p>\n<p align=\"justify\">Alors pourquoi L\u2019Or et l\u2019Argile, L\u2019art et le Quotidien?\u00a8<\/p>\n<p align=\"justify\">L\u2019or est le symbole de la lumi\u00e8re, de la connaissance, de l\u2019immortalit\u00e9, tout ce vers quoi tend chaque cr\u00e9ateur, mais qui reste inaccessible. D\u2019autant plus qu\u2019il reste coll\u00e9 \u00e0 cette terre glaise qu\u2019est le r\u00e9el, embourb\u00e9 dans le quotidien.<\/p>\n<p align=\"justify\">La terre glaise est la mati\u00e8re que travaille Ren\u00e9, avant que ses sculptures soient coul\u00e9es en bronze et prennent la couleur de l\u2019or. Cet or que j\u2019utilise souvent dans mes peintures et mes collages.<\/p>\n<p align=\"justify\">L\u2019 id\u00e9e du tiraillement entre l\u2019art et le quotidien, entre le d\u00e9sir de perfection et le sentiment d\u2019impuissance, toujours associ\u00e9s \u00e0 la cr\u00e9ation autant qu\u2019\u00e0 la vie \u00e0 deux, nous a sembl\u00e9 pr\u00e9sente dans ce titre.<\/p>\n<p align=\"justify\"><div class=\"divider\"><h5><span> <\/span><\/h5><\/div><\/p>\n<h3 align=\"justify\">Sujet<\/h3>\n<p align=\"justify\">Deux artistes contemporains vivant en couple, tellement diff\u00e9rents qu&rsquo;ils sont compl\u00e9mentaires, pr\u00e9sentent leurs difficult\u00e9s, leurs r\u00e9flexions et leurs \u0153uvres.<\/p>\n<p align=\"justify\">Cet ouvrage relate la rencontre d&rsquo;un homme et d&rsquo;une femme, la difficult\u00e9 de la vie \u00e0 deux, lorsque chacun se positionne comme artiste dans notre soci\u00e9t\u00e9. Les exemples de couples d&rsquo;artistes dans ce cas sont multiples. Pour n&rsquo;en citer que quelques uns \u00ab\u00a0Camille Claudel et Rodin, Christo et Jeanne Claude. Anne et Patrick Poirier, Nancy et Eduard Kienholz&#8230;<\/p>\n<p align=\"justify\">Nous rapportons, \u00e0 tour de r\u00f4le, l&rsquo;envol que permet cette rencontre inesp\u00e9r\u00e9e, autant sur le plan personnel qu&rsquo;artistique, la difficult\u00e9 d&rsquo;imposer sa personnalit\u00e9 et d\u2019am\u00e9nager les plages de retrait que n\u00e9cessite la cr\u00e9ation, les peurs et les d\u00e9chirements du couple qui lutte pour son individualit\u00e9 dans une relation qui se veut paradoxalement symbiotique. Mais est-ce un choix ?<\/p>\n<p align=\"justify\">Nous avons d\u00e9cid\u00e9 de mettre \u00e0 profit cette probl\u00e9matique et d&rsquo;en faire un th\u00e8me d&rsquo;exposition et le th\u00e8me de ce livre, probl\u00e9matique dans laquelle d&rsquo;autres individus peuvent se reconna\u00eetre et peut-\u00eatre r\u00e9ussir un travail en commun, sans pour autant renoncer \u00e0 la r\u00e9alisation du moi, mais au contraire l\u2019approfondir, Il s&rsquo;agit donc, en ce qui nous concerne, non pas de r\u00e9aliser des \u0153uvres communes, mais de montrer deux modes d&rsquo;expression diff\u00e9rents, deux imaginaires qui peuvent cohabiter, dialoguer, se compl\u00e9ter, sans se contredire.<\/p>\n<p align=\"justify\">C&rsquo;est l&rsquo;aventure que nous racontons, pi\u00e8\u0153s \u00e0 l&rsquo;appui, mettant \u00e0 profit les diff\u00e9rences qui nous caract\u00e9risent, pour enrichir parall\u00e8lement notre vie \u00e0 deux et notre \u0153uvre.<\/p>\n<p align=\"justify\"><div class=\"divider\"><h5><span> <\/span><\/h5><\/div><\/p>\n<h3 align=\"justify\">Table des mati\u00e8res<\/h3>\n<p>avant-propos<\/p>\n<p>autoportraits<\/p>\n<p>vie partag\u00e9e<\/p>\n<p>envol<\/p>\n<p>d\u00e9chirements<\/p>\n<p>compl\u00e9mentarit\u00e9<\/p>\n<p>exposition<\/p>\n<p>documents<\/p>\n<p>lettres<\/p>\n<div class=\"divider\"><h5><span> <\/span><\/h5><\/div>\n<h3>Portraits de Mich\u00e8le et Ren\u00e9 vus par Isabelle Frank<\/h3>\n<p align=\"justify\">Me voil\u00e0 bien mal plac\u00e9e pour parler de Mich\u00e8le Frank et Ren\u00e9 Wiroth, moi qui suis leur fille de sang et de c\u0153ur.<\/p>\n<p align=\"justify\">Je me souviens d\u2019eux lorsqu\u2019ils se sont rencontr\u00e9s, apr\u00e8s deux vies qu\u2019on peut qualifier de difficiles. Deux adolescents fous amoureux (dont j\u2019aurais ais\u00e9ment pu \u00eatre la m\u00e8re \u00e0 l\u2019\u00e9poque), deux \u00eatres fragilis\u00e9s par trop d\u2019\u00e9checs et de d\u00e9ceptions qui pressentaient l\u2019importance de leur rencontre, mais n\u2019osaient y croire tout \u00e0 fait.<\/p>\n<p align=\"justify\">Je me souviens de la premi\u00e8re exposition de Mich\u00e8le, organis\u00e9e par Ren\u00e9, \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 elle faisait encore des paysages figuratifs. Puis, de son passage \u00e0 une peinture plus abstraite et impulsive. Des premi\u00e8res sculptures en bronze de Ren\u00e9, pouss\u00e9 par Mich\u00e8le \u00e0 faire du \u00ab\u00a0solide\u00a0\u00bb et non plus des \u0153uvres \u00e9ph\u00e9m\u00e8res plus ou moins laiss\u00e9es \u00e0 l\u2019abandon.<\/p>\n<p align=\"justify\">Je me souviens de leur excitation commune lorsqu\u2019un nouveau projet se pr\u00e9sentait &#8211; exposition, d\u00e9couverte d\u2019un nouveau mat\u00e9riau de l\u2019un ou de l\u2019autre &#8211; transmettant \u00e0 tous ceux qui voulaient bien la capter cette \u00e9mulation incroyable que l\u2019on rencontre rarement chez les gens \u00ab\u00a0normaux\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p align=\"justify\">Ren\u00e9 a toujours \u00e9t\u00e9 un artiste. Peut-\u00eatre m\u00eame qu\u2019il est n\u00e9 comme \u00e7a. Il a une formation d\u2019artiste. Il a une pens\u00e9e d\u2019artiste, illumin\u00e9e (ou clairvoyante), critique, tranchante, et aussi une confusion d\u2019artiste qui sont autant de certitudes auxquelles il manque une formulation. Car sa formulation, son mode d\u2019expression est avant tout plastique. Celle de Mich\u00e8le est intellectuelle et, \u00e0 priori, plut\u00f4t litt\u00e9raire.<\/p>\n<p align=\"justify\">Elle est autodidacte et peint \u00e0 l\u2019instinct, jouant avec les couleurs et les sentiments qu\u2019elles lui inspirent, dans de grands mouvements, souvent circulaires, saccad\u00e9s et violents. Elle peint avec son corps, laissant libre cours \u00e0 une main qui semble parfois ne plus lui appartenir. Elle est forte. Plus qu\u2019un homme.<\/p>\n<p align=\"justify\">Lorsqu\u2019il sculpte, Ren\u00e9 caresse la mati\u00e8re, glisse sur la terre glaise avec la paume de sa main. Il ne la p\u00e9trit pas, il la lisse. D\u2019autres fois, de petits coups de scalpels, pr\u00e9cis, donnent la forme, saillante comme son coup de crayon. Mais toujours, il enfante son \u0153uvre avec d\u00e9licatesse. C\u2019est son c\u00f4t\u00e9 f\u00e9minin.<\/p>\n<p align=\"justify\">Ils sont homme et femme, l\u2019un et l\u2019autre, alternativement. Ils aiment jouer au chat et \u00e0 la souris, \u00e0 quitte ou double.<\/p>\n<p align=\"justify\">Le violon de Ren\u00e9 est un cri d\u00e9chirant temp\u00e9r\u00e9 par le tam-tam de ses talons sur les bidons d\u2019essence sur lesquels il joue au funambule. Les soies de Mich\u00e8le, des peaux odorantes virevoltant comme des \u00ab\u00a0Feux follets\u00a0\u00bb, diffusant autour d\u2019elles l\u2019essence m\u00eame de la f\u00e9minit\u00e9<\/p>\n<p align=\"justify\">Leur vie est faite \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019une chor\u00e9graphie, tant\u00f4t l\u00e9g\u00e8re, tant\u00f4t pleine de dramaturgie. Lorsque Ren\u00e9 a fait son exposition au Zollhof \u00e0 D\u00fcsseldorf, il a orchestr\u00e9 ses pl\u00e2tres comme un ballet contemporain. Des trap\u00e9zistes au-dessus de notre t\u00eate, volant comme des icares, des femmes debout attendant le train ou le car, des ouvriers, des hommes-caddies&#8230; Le d\u00e9cor gris de l\u2019usine d\u00e9saffect\u00e9e donnait \u00e0 l\u2019ensemble un ancrage politique, social et rendait les personnages un peu tristes. Mich\u00e8le (\u00e0 l\u2019\u00e9poque elle signait encore Ana\u00efs) a fait des photos couleur de l\u2019exposition dont les tonalit\u00e9s \u00e9taient presque noires et blanches et, par un miracle de la lumi\u00e8re, ces photos sont devenues jaunes, rouges, bleues. Comme si elle avait colori\u00e9 le monde, voulant en gommer aussi la tristesse. Mich\u00e8le fait des r\u00eaves en couleurs.<\/p>\n<p align=\"justify\">Ils veulent, comme tant d\u2019autres, mais \u00e0 leur mani\u00e8re propre d\u2019artiste, faire de leur vie une \u0153uvre d\u2019art. Une maison toute blanche, toujours pleine d\u2019amis o\u00f9 les \u00e9changes ne sont pas qu\u2019artistiques et intellectuels, mais surtout profond\u00e9ment humains. C\u2019est probablement leur tol\u00e9rance et leur g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 de c\u0153ur qui les sauvent du nombrilisme chronique dont sont atteints la plupart des artistes. Ren\u00e9, pr\u00eat \u00e0 gravir des montagnes pour aider un ami et Mich\u00e8le, toujours \u00e0 l\u2019\u00e9coute. Mais comment arriver \u00e0 remplir \u00e0 cent pour cent une vie qui ne compte que 24 heures par jour ? Cette soif de vie leur est commune, d\u2019o\u00f9 leur angoisse p\u00e9riodique de ne pas \u00eatre des surhommes capables de g\u00e9rer \u00e0 la fois l\u2019amiti\u00e9, l\u2019art, le travail, l\u2019intimit\u00e9 (et le sommeil). Leur fa\u00e7on d\u2019\u00eatre deux est une \u00e9vidence pour tout le monde, sauf peut-\u00eatre pour eux-m\u00eames. Ce livre est une fa\u00e7on de se dire, une union qu\u2019ils tentent de rendre parfaite par peur de se perdre. Le d\u00e9sir d\u2019exposer ensemble et d\u2019\u00e9crire ce livre fait preuve de cette recherche utopique de symbiose totale, mais aussi d\u2019un r\u00eave qu\u2019ils ont en commun&#8230; Celui d\u2019unir le monde, de sortir enfin de la barbarie, et de rendre tout simplement les choses plus belles.<\/p>\n<p align=\"justify\">Isabelle Frank<\/p>\n<p align=\"justify\"><div class=\"divider\"><h5><span> <\/span><\/h5><\/div><\/p>\n<h3 align=\"justify\">Vie partag\u00e9e<\/h3>\n<div class=\"one_half\"><\/p>\n<h4 align=\"justify\">Mich\u00e8le<\/h4>\n<p align=\"justify\">Notre rencontre nous a permis l\u2019envol.<\/p>\n<p align=\"justify\">Cet \u00e9tat de gr\u00e2ce qu\u2019est la rencontre de l\u2019\u00e2me s\u0153ur, certains le connaissent ou l\u2019ont connu. Mais combien de temps sommes nous capables de le perp\u00e9tuer contre la force du quotidien et de ses imp\u00e9ratifs, contre la force de l\u2019habitude, contre les pressions ext\u00e9rieures ?<\/p>\n<p align=\"justify\">Tous, nous avons rencontr\u00e9 \u00e0 un moment de notre vie l\u2019Autre, avec lequel nous aurions pu vivre dans la symbiose totale, dans cet \u00e9tat que l\u2019on peut appeler le narcissisme \u00e0 deux. Mais ce qui est concevable dans un roman, dans les limites de l\u2019espace et du temps, est. -il possible dans le contexte du r\u00e9el sur une longue dur\u00e9e ? Comment pr\u00e9server l\u2019individualit\u00e9 de chacun, son besoin l\u00e9gitime de se r\u00e9aliser, d\u2019utiliser ses capacit\u00e9s propres pour affirmer sa personnalit\u00e9, non pas contre l\u2019autre, mais pour enrichir sa relation avec lui ? Un amour symbiotique n\u2019exclue-il pas par son essence m\u00eame toute possibilit\u00e9 d\u2019individualisation ?<\/p>\n<p align=\"justify\">Si toutes ces questions se posent pour un couple \u00ab\u00a0normal \u00ab\u00a0, \u00e0 plus forte raison pour un couple de cr\u00e9ateurs. Nous avons tous deux la conviction, que l\u2019art n\u2019a pas pour fonction de diviser mais de r\u00e9unir. Dans les faits pourtant, c\u2019est bien l\u00e0 notre seul sujet de discorde, ou du moins, il est \u00e0 la source de tous les autres. La situation id\u00e9ale pour un artiste ou un cr\u00e9ateur est \u00e9videmment de vivre aux c\u00f4t\u00e9s de quelqu\u2019un qui est pr\u00eat \u00e0 s\u2019effacer et \u00e0 assumer toutes les obligations qui nous incombent au quotidien, dans la v\u00e9n\u00e9ration absolu du cr\u00e9ateur. Malheureusement, notre rencontre est d\u2019un autre ordre. Non seulement chacun de nous a le d\u00e9sir de se r\u00e9aliser, mais c\u2019est aussi le d\u00e9sir de l\u2019autre, pour l\u2019autre et la seule fa\u00e7on de maintenir le lien entre nous.<\/p>\n<p align=\"justify\">Jusqu\u2019en octobre 1996 nous n\u2019avions fait que des expositions individuelles, hormis quelques expositions de groupes. Chacune donnait lieu \u00e0 des conflits, dont l\u2019origine \u00e9tait le fait que l\u2019urgence de la cr\u00e9ation, la peur de l\u2019exhibition et de l\u2019\u00e9chec cr\u00e9ent une tension et un manque de disponibilit\u00e9 \u00e0 l\u2019autre, mais aussi \u00e0 tout ce qui distrait du travail artistique. Ce qui veut dire que le conjoint doit se mettre en retrait et assumer toutes les t\u00e2ches ingrates pendant cette p\u00e9riode difficile. Lorsqu\u2019elle est de courte dur\u00e9e, tout se passe sans trop de heurts. Mais ce n\u2019est pas toujours le cas. C\u2019est de l\u00e0 que nous est venue l\u2019id\u00e9e d\u2019exposer ensemble. Conscients bien s\u00fbr que nous multiplions les difficult\u00e9s d\u2019organisation, mais souhaitant mettre au grand jour les interf\u00e9rences de cette communication si intense.<\/p>\n<p align=\"justify\">Notre intention \u00e9tait au d\u00e9part de cr\u00e9er des \u0153uvres communes, mettant en \u00e9vidence le c\u00f4t\u00e9 masculin et f\u00e9minin tr\u00e8s d\u00e9velopp\u00e9 chez l\u2019un et chez l\u2019autre, d\u2019exploiter les talents de chacun, le dessin de Wiroth, son engagement artistique et social, ma spontan\u00e9it\u00e9 gestuelle et mon sens de la couleur, pour mettre en place une exposition homog\u00e8ne dont la compl\u00e9mentarit\u00e9 Homme-Femme sauterait aux yeux de chacun. Le tableau que vous nous avons sign\u00e9 tous les deux -restera le t\u00e9moin unique de cette tentative hasardeuse.<\/p>\n<p align=\"justify\">Que reste-t-il de notre projet initial? Trois expositions communes pour le moment, qui, nous l\u2019esp\u00e9rons, font appara\u00eetre l\u2019\u00e9clatement de notre couple \u00e0 la fois en deux personnalit\u00e9s et en de multiples facettes.<\/p>\n<p align=\"justify\">Si le titre de ces trois expositions, et celui de ce livre doivent prendre un sens, c\u2019est par l\u2019influence mutuelle et le dialogue constant qui existent entre nous et s\u2019expriment dans l\u2019explosion des formes et des couleurs, par l\u2019authenticit\u00e9 du v\u00e9cu, mettant \u00e0 jour l\u2019envol, mais aussi les d\u00e9chirements de deux \u00eatres si diff\u00e9rents qu\u2019ils sont compl\u00e9mentaires.<\/p>\n<p align=\"justify\">Cette exp\u00e9rience nous a permis de mettre en \u00e9vidence cette compl\u00e9mentarit\u00e9 qui existe non seulement entre les \u00eatres, mais aussi dans la nature, cyclotimique comme les humains, comme la vie m\u00eame, ins\u00e9parable de la mort.<\/p>\n<p align=\"justify\">Que ce livre soit le modeste t\u00e9moignage du dualisme, le reflet de l\u2019aspect lumineux et de l\u2019aspect obscur de chaque \u00eatre et de chaque chose.<\/p>\n<p><\/div>\n<div class=\"one_half column-last\"><\/p>\n<h4>Ren\u00e9<\/h4>\n<p align=\"justify\">Le titre de notre premi\u00e8re exposition commune : \u00ab\u00a0Compl\u00e9mentarit\u00e9 Homme-Femme\u00a0\u00bb a \u00e9t\u00e9 choisi par Mich\u00e8le. D\u2019apr\u00e8s elle, la compl\u00e9mentarit\u00e9 serait le fait d\u2019apporter un compl\u00e9ment \u00e0 l\u2019autre, donc de lui donner ce qu\u2019il ne poss\u00e8de pas.<\/p>\n<p align=\"justify\">Je me suis toujours senti mal, en pensant qu\u2019il pouvait y avoir des gens qui savent ce qui me manque. Ils me font peur et j\u2019ai tendance \u00e0 les fuir parce qu\u2019ils me mettent face \u00e0 mes insuffisances.<\/p>\n<p align=\"justify\">Mich\u00e8le Frank, je ne la fuis pas. Elle fait partie de moi, elle vit en moi. D\u00e8s le jour o\u00f9 nous nous sommes rencontr\u00e9s, j\u2019ai voulu me frayer un chemin pour me glisser dans tout son \u00eatre. D\u2019autres hommes l\u2019auraient transperc\u00e9e pour se retrouver \u00e0 la sortie, mais moi, je me plais \u00e0 y rester. Une chaleur se d\u00e9gage de son corps et de son \u00e2me. Mes sculptures depuis notre rencontre expriment ce d\u00e9sir de fusion.<\/p>\n<p align=\"justify\">Compl\u00e9mentaire \u00e9tait pour moi jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, ce qui se place \u00e0 l\u2019extr\u00eame de l\u2019autre. Le point o\u00f9 deux personnes ne se rejoignent jamais, isol\u00e9es de l\u2019autre par son contraire. J\u2019ai donc voulu mettre un point d\u2019interrogation au titre de notre premi\u00e8re exposition commune, et n\u00e9goci\u00e9 \u00ab\u00a0ORIENTATION\u00bb , qui met un b\u00e9mol \u00e0 ce titre p\u00e9remptoire. Les certitudes nous servent de b\u00e9quilles, mais ne laissent aucune ouverture. Au fond, que savons nous de ce qui est compl\u00e9mentaire ? Est-ce que la nuit est compl\u00e9mentaire du jour ? Le noir est noir parce qu\u2019il absorbe la lumi\u00e8re. Ce qui signifierait, dans ce contexte, que l\u2019homme absorbe la femme ou que la femme absorbe l\u2019homme. Pourquoi opposer le noir au blanc, le soleil \u00e0 la lune, l\u2019homme \u00e0 la femme ?<\/p>\n<p align=\"justify\">Les deux p\u00f4les de la terre sont \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 l\u2019un de l\u2019autre, mais non en opposition. Ils font partie d\u2019une et m\u00eame chose et sont de ce fait compl\u00e9mentaires. Mich\u00e8le et moi sommes oppos\u00e9s, mais pas en opposition (quoiqu\u2019elle en dise parfois). La compl\u00e9mentarit\u00e9 se caract\u00e9rise peut-\u00eatre par une forme de concentration, celle de deux p\u00f4les oppos\u00e9s qui se rencontrerait dans un rendez-vous imaginaire sur la ligne de l\u2019\u00e9quateur.<\/p>\n<p align=\"justify\">La nature est pour moi un exemple. Elle ne nous dit jamais \u00e0 l\u2019avance ce qu\u2019elle pr\u00e9voit et l\u2019homme ne peut que s\u2019adapter \u00e0 sa volont\u00e9. Certes, elle se manifeste par des signes, tels les cycles des \u00e9toiles. Mich\u00e8le est mon \u00e9toile, et je crois davantage au langage des \u00e9toiles qu\u2019aux convictions des hommes. Elles sont constantes.<\/p>\n<p align=\"justify\">Comme toute chose humaine est al\u00e9atoire, nous vivons tous par procuration. Seuls les \u00eatres sensibles en prennent conscience et connaissent le prix de la vraie vie. Il faut \u00eatre stupide pour ne pas voir la fragilit\u00e9 des hommes et vivre comme si tout \u00e9tait programm\u00e9. Nous sommes seuls \u00e0 bord, ma\u00eetres de notre sort. Il faut donc trouver une orientation personnelle \u00e0 notre vie.<\/p>\n<p align=\"justify\">La recherche de la beaut\u00e9 sous toutes ses formes me semble la seule fa\u00e7on d\u2019\u00e9chapper \u00e0 la peur de la vie et de la mort. Mich\u00e8le est l\u2019exemple le plus \u00e9vident que je connaisse de cette recherche constante. Le choix des mat\u00e9riaux les plus doux, des couleurs les plus chatoyantes t\u00e9moignent du souci d\u2019\u00eatre au chaud dans cette vie dont la fragilit\u00e9 est si \u00e9vidente pour chacun d\u2019entre nous. Toutes ces choses sophistiqu\u00e9es dont elle s\u2019entoure, font partie de ce nid o\u00f9 elle se met \u00e0 l\u2019abri, o\u00f9 elle est vie, o\u00f9 elle est femme au f\u00e9minin.<\/p>\n<p align=\"justify\">Brecht disait dans une chanson :<\/p>\n<p align=\"justify\">Denn die einen sind imDunkeln<br \/>\nUnd die andern sind im Licht.<br \/>\nUnd man siehet die im Lichte<br \/>\nDie im Dunkeln sieht man nicht<\/p>\n<p align=\"justify\">Dans la soci\u00e9t\u00e9, les uns font de l\u2019ombre aux autres et cet \u00e9tat de choses se retrouve dans tous les rapports humains. L\u2019amour, ce tr\u00e9sor si difficile \u00e0 trouver, si difficile \u00e0 garder, c\u2019est peut-\u00eatre tout d\u2019abord faire en sorte que chacun occupe sa place et que l\u2019autre la lui accorde. C\u2019est l\u00e0 que peut se construire la compl\u00e9mentarit\u00e9.<\/p>\n<p align=\"justify\">La compl\u00e9mentarit\u00e9 est un but \u00e0 atteindre et non un \u00e9tat de fait.<\/p>\n<p align=\"justify\">Ce livre en est le t\u00e9moignage.<\/p>\n<p><\/div><div class=\"clear\"><\/div>\n<div class=\"divider\"><h5><span> <\/span><\/h5><\/div>\n<div class=\"one_half\"><img loading=\"lazy\" class=\"alignnone size-full wp-image-526\" src=\"http:\/\/www.frank-wiroth.lu\/michele-frank\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/couverture-livre-400x525.jpg\" alt=\"couverture-livre-400x525\" width=\"400\" height=\"525\" srcset=\"https:\/\/www.frank-wiroth.lu\/michele-frank\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/couverture-livre-400x525.jpg 400w, https:\/\/www.frank-wiroth.lu\/michele-frank\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/couverture-livre-400x525-125x164.jpg 125w\" sizes=\"(max-width: 400px) 100vw, 400px\" \/><\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div class=\"one_half column-last\"><\/p>\n<h4>L&rsquo;Or et l&rsquo;Argile<\/h4>\n<p>176 pages au format 23&#215;28 cm sur couch\u00e9 demi-mat avec plus 100 images couleur* Prix de vente : 48 \u20ac<br \/>\nISBN2-9599827-0-3<br \/>\nSi vous souhaitez acqu\u00e9rir ce livre,<br \/>\nveuillez vous adresser \u00e0:<br \/>\nlivre@frank-wiroth.lu<br \/>\n<span style=\"line-height: 1.5em;\">mich\u00e8le frank&amp; ren\u00e9 wiroth<br \/>\n<\/span><span style=\"line-height: 1.5em;\">5, Kiischtewee<br \/>\n<\/span><span style=\"line-height: 1.5em;\">L-5290 Neuhauesgen<\/span><\/p>\n<p><\/div><div class=\"clear\"><\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ces deux artistes, apr\u00e8s avoir travaill\u00e9 et expos\u00e9 s\u00e9par\u00e9ment, avant et au d\u00e9but de leur [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":35,"parent":506,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"template-full.php","meta":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.frank-wiroth.lu\/michele-frank\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/521"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.frank-wiroth.lu\/michele-frank\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.frank-wiroth.lu\/michele-frank\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.frank-wiroth.lu\/michele-frank\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.frank-wiroth.lu\/michele-frank\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=521"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/www.frank-wiroth.lu\/michele-frank\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/521\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":817,"href":"https:\/\/www.frank-wiroth.lu\/michele-frank\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/521\/revisions\/817"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.frank-wiroth.lu\/michele-frank\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/506"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.frank-wiroth.lu\/michele-frank\/wp-json\/wp\/v2\/media\/35"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.frank-wiroth.lu\/michele-frank\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=521"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}