{"id":189,"date":"1993-11-22T10:00:38","date_gmt":"1993-11-22T09:00:38","guid":{"rendered":"http:\/\/www.frank-wiroth.lu\/michele-frank\/?page_id=189"},"modified":"2014-11-28T21:43:42","modified_gmt":"2014-11-28T20:43:42","slug":"de-toute-cicatrice-monte-une-verite-crispee","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.frank-wiroth.lu\/michele-frank\/ecrits\/de-toute-cicatrice-monte-une-verite-crispee\/","title":{"rendered":"De toute cicatrice monte une v\u00e9rit\u00e9 crisp\u00e9e"},"content":{"rendered":"<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><b>De toute cicatrice na\u00eet une v\u00e9rit\u00e9 crisp\u00e9e <\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><b>Introduction<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"> Pendant des ann\u00e9es, ce cri que j&rsquo;ai entendu un jour dans une chanson de Jean Vasca m\u2019a hant\u00e9. R\u00e9sum\u00e9 saisissant de ce que j&rsquo;ai ressenti et essay\u00e9 de comprendre dans mon propre v\u00e9cu, dans celui de ceux que j&rsquo;ai c\u00f4toy\u00e9s au fil du temps, mais aussi de ceux que j&rsquo;ai eu le bonheur d&rsquo;approcher par leurs cr\u00e9ations litt\u00e9raires, philosophiques ou artistiques. <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: 'Courier New';\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\">Permettez-moi de vous livrer les r\u00e9flexions et les associations que m&rsquo;a inspir\u00e9es cette phrase au fil du temps. J&rsquo;ai essay\u00e9 d\u2019analyser les divers comportements que peuvent induire les blessures et d\u2019interpr\u00e9ter cette d\u00e9claration de Braque\u00a0: <\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><i>\u00ab\u00a0L\u2019art est une blessure qui devient lumi\u00e8re.\u00a0\u00bb <\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\">La souffrance m&rsquo;est souvent apparue comme d\u00e9gradante, avilissante, mais toujours r\u00e9voltante. Celle des autres et la mienne aussi. Et pourtant, si l&rsquo;on se rappelle avoir souffert, physiquement ou moralement, il est impossible d&rsquo;en revivre concr\u00e8tement l&rsquo;intensit\u00e9 et la nature. Comme s&rsquo;il n&rsquo;y avait pas de v\u00e9ritable m\u00e9moire de la douleur. De m\u00eame qu&rsquo;on s&rsquo;\u00e9vanouit quand la douleur physique devient insupportable, on refoule ce qui nous blesse ou nous d\u00e9chire quand la douleur morale est trop forte. On s\u2019efforce d\u2019oublier quand les blessures se sont cicatris\u00e9es. On en parle parfois, comme on raconte un cauchemar, mais il est impossible de ressentir une nouvelle fois cette douleur, consciemment, dans son \u00e9tat initial. Elle \u00e9veillera tout au plus une autre douleur sous forme de somatisation, migraine, crampes, toux, que sais-je, comme si son souvenir se blottissait quelque part en nous \u00e0 notre insu. Mais toujours, elle laisse, comme une trace ind\u00e9l\u00e9bile, une cicatrice sur la peau, dans la t\u00eate ou dans ce qu&rsquo;on appelle l&rsquo;\u00e2me. Toute souffrance physique ou morale laisse une marque qui indique une modification et diff\u00e9rencie l&rsquo;individu \u00e0 la fois de ce qu&rsquo;il \u00e9tait pr\u00e9c\u00e9demment et des autres individus.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: 'Courier New';\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><i>La cicatrice est un tissu fibreux qui remplace une perte de substance ou une l\u00e9sion, <\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\">indique le Petit Robert. Cela signifie que celui qui porte une cicatrice ne sera plus jamais tout \u00e0 fait identique \u00e0 ce qu&rsquo;il \u00e9tait avant la blessure qui a provoqu\u00e9 cette perte de substance ou cette l\u00e9sion, remplac\u00e9e par un tissu qu&rsquo;il aura d\u00fb fabriquer par ses propres moyens. On peut donc dire que celui qui porte la marque d&rsquo;une plaie a quelque chose en moins ou quelque chose en plus de ce qui existait \u00e0 l\u2019origine. Toute la question est l\u00e0: la souffrance et les marques dont elle stigmatise l&rsquo;homme le diminuent-elles ou lui donne-t-elle quelque chose en plus ? Autrement dit, la souffrance affaiblit-elle l&rsquo;homme ou le fortifie-t-elle\u00a0? Comme le but de chaque vie semble \u00eatre la recherche d\u2019une v\u00e9rit\u00e9, si de chaque cicatrice monte une v\u00e9rit\u00e9, quelle sorte de v\u00e9rit\u00e9 la souffrance peut-elle nous faire d\u00e9couvrir?<\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"> Une cicatrice est toujours la trace d&rsquo;une violence qui nous a \u00e9t\u00e9 faite volontairement ou involontairement, en tant qu\u2019action ou r\u00e9action. L&rsquo;histoire humaine et culturelle est marqu\u00e9e par la violence et notre monde actuel semble vouloir la pousser \u00e0 son paroxysme. Chaque peuple porte ses cicatrices. Celles dues aux fl\u00e9aux dits naturels et celles dues \u00e0 ses semblables. Celles induites par les fanatismes religieux, culturels ou nationaux. Celles inflig\u00e9es par la volont\u00e9 de domination, celles que l&rsquo;on justifie par le d\u00e9sir d&rsquo;am\u00e9liorer le sort des opprim\u00e9s qui, souvent, deviennent des oppresseurs, celles inflig\u00e9es par les redresseurs de torts, qui ont pour mission de prot\u00e9ger leurs concitoyens. Violence institutionnalis\u00e9e, violence dans les camps, dans les prisons, dans les h\u00f4pitaux psychiatriques, dans les institutions pour enfants abandonn\u00e9s ou orphelins, toxicomanes ou d\u00e9linquants, dans les \u00e9coles, dans les familles. Violence consid\u00e9r\u00e9e souvent comme moyen banal d&rsquo;\u00e9ducation ou comme ultime moyen de pouvoir. Violence raciste ou sociologique enfin, qui touche des cat\u00e9gories enti\u00e8res de sujets. Blessures physiques, qui ont toutes des r\u00e9percussions mentales. Blessures psychologiques, affectives, plus ou moins profondes selon la vuln\u00e9rabilit\u00e9 des individus; violences dues aux humiliations, au sentiment d\u2019injustice, de rejet ou d&rsquo;abandon. Et je pourrais m&rsquo;\u00e9tendre \u00e0 l&rsquo;infini.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><b>I La violence sociale dans l&rsquo;histoire.<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: 'Courier New';\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"> L&rsquo;\u00eatre, selon Hegel, ne se r\u00e9alise que dans le mouvement de son d\u00e9veloppement. Ce mouvement ne peut se faire sans douleur ni d\u00e9chirement. \u00ab\u00a0<\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><i>La raison ne peut pas s&rsquo;\u00e9terniser aupr\u00e8s des blessures inflig\u00e9es aux individus, car les buts particuliers se perdent dans l\u2019universel\u00a0\u00bb postule-t-il<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\">. La mort, les guerres, les souffrances que les individus subissent et s\u2019infligent dans les luttes pour le progr\u00e8s social serait la manifestation progressive de l\u2019Etre. La violence serait une affirmation naturelle de la vie et un aspect in\u00e9vitable de l\u2019histoire. Si ce ne serait pas elle qui produirait les transformations sociales, mais les transformations sociales passeraient par elle. <\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\">Nietzsche, par contre, distingue une violence affirmative, celle des forts, et une violence r\u00e9pressive, dominatrice, celle des faibles et des hommes de ressentiment. <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: 'Courier New';\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\">Il existerait donc, selon lui une violence positive et une autre pervertie. Force est de constater pourtant, que la violence des forts, f\u00fbt-elle affirmative, s\u2019exerce toujours sur les plus faibles dont elle fait des hommes de ressentiment et dont la souffrance se retourne toujours en violence n\u00e9gative. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne se manifeste d&rsquo;une mani\u00e8re curieusement r\u00e9p\u00e9titive dans l&rsquo;histoire pass\u00e9e et pr\u00e9sente.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: 'Courier New';\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\">Octavio Paz \u00e9crit dans <\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><i>Le labyrinthe de la solitude <\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\">: <\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><i>\u00ab\u00a0L&rsquo;histoire a la m\u00eame r\u00e9alit\u00e9 atroce que le cauchemar\u00a0: la grandeur de l&rsquo;homme consiste \u00e0\u2026 transfigurer le cauchemar en vision\u00a0\u00bb. <\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\">Et c&rsquo;est ce que font les th\u00e9oriciens du monde id\u00e9al.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><b>De toute v\u00e9rit\u00e9 na\u00eet une v\u00e9rit\u00e9 crisp\u00e9e<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\">Je ne connais pas d&rsquo;\u00eatre humain qui ne porte une cicatrice. La souffrance, si elle est in\u00e9gale entre les hommes, comme la r\u00e9partition des biens, des avantages et des tares physiques, mentaux, affectifs, familiaux, sociaux, n&rsquo;\u00e9pargne personne, t\u00f4t ou tard. Il est des souffrances qui font partie de la vie et auxquelles personne n&rsquo;\u00e9chappe, la vieillesse, la maladie, la mort. La sienne et celle de ceux qui nous sont chers. Elles sont supportables ou insupportables selon le moment o\u00f9 elles interviennent, selon le contexte et la gravit\u00e9 qui les caract\u00e9risent et la vuln\u00e9rabilit\u00e9 de chacun. La vieillesse, ph\u00e9nom\u00e8ne in\u00e9vitable, difficile \u00e0 accepter lorsqu\u2019elle est accompagn\u00e9e du d\u00e9nuement, d&rsquo;infirmit\u00e9 et de solitude. La maladie \u00e0 laquelle peu d\u2019entre nous \u00e9chappent, intol\u00e9rable quand elle an\u00e9antit et r\u00e9duit \u00e0 l&rsquo;impuissance des \u00eatres jeunes, qui n&rsquo;ont pas eu le temps de vivre et se trouvent diminu\u00e9s et tributaires de la charit\u00e9 des autres. La mort acceptable lorsqu&rsquo;elle est l&rsquo;aboutissement d&rsquo;une vie, r\u00e9voltante lorsqu&rsquo;elle touche quelqu&rsquo;un qui nous est proche ou qu&rsquo;elle frappe aveugl\u00e9ment et de mani\u00e8re r\u00e9p\u00e9titive autour de nous des innocents. Encore davantage, quand elle est inflig\u00e9e par des hommes et non plus l&rsquo;acte de ce qu&rsquo;on appelle \u00e9trangement le destin ou encore la volont\u00e9 de Dieu<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: 'Courier New';\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\">Il est des souffrances qui ne sont pas des \u00e9l\u00e9ments de la vie, mais inflig\u00e9es inutilement par des hommes \u00e0 d&rsquo;autres hommes, physiques ou morales, parfois les deux. Et la plupart du temps, ce sont les individus eux-m\u00eames marqu\u00e9s \u00e0 vif qui les transmettent. La blessure, tant qu&rsquo;elle n&rsquo;est pas referm\u00e9e, ne permet pas d\u2019autre ouverture. Comme l&rsquo;animal, l&rsquo;homme bless\u00e9 se terre, se ferme, l\u00e8che sa plaie jusqu&rsquo;\u00e0 la cicatrisation pour se prot\u00e9ger du monde ext\u00e9rieur et fabriquer des anticorps.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\">Mais il est des plaies qui ne se cicatrisent jamais, qui toujours suintent, ou se ferment, mais se rouvrent au moindre \u00e9v\u00e9nement rappelant celui qui a provoqu\u00e9 cette premi\u00e8re blessure. Soit parce qu&rsquo;elles \u00e9taient trop douloureuses et le sujet trop fragile pour les supporter, soit parce qu&rsquo;elles \u00e9taient si pernicieuses qu&rsquo;elles ont \u00e9branl\u00e9 la confiance fondamentale dans l&rsquo;humanit\u00e9 et la vie m\u00eame. Erich Fromm explique que l&rsquo;\u00e9croulement des esp\u00e9rances d&rsquo;un enfant et de sa confiance originelle, suite \u00e0 un \u00e9v\u00e9nement d&rsquo;une gravit\u00e9 exceptionnelle dans la premi\u00e8re enfance, peut avoir diverses r\u00e9percussions.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\">* Soit il commence \u00e0 d\u00e9tester la vie avec une soif de destruction qui porte l&#8217;empreinte du d\u00e9sespoir.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\">*Soit il se lance dans une poursuite effr\u00e9n\u00e9e de la r\u00e9ussite sociale.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\">*Soit il se met sous une nouvelle tutelle: politique, religieuse ou autre.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\">*Soit il cherche une plus grande ind\u00e9pendance personnelle et cr\u00e9e de nouveaux liens.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\">a. Refuge dans la vengeance.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: 'Courier New';\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"> Une blessure peut donc faire appara\u00eetre plusieurs types de \u00ab\u00a0v\u00e9rit\u00e9s\u00a0\u00bb, dont la plus dramatique est celle qui engendre la violence que Fromm appelle <\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><i>violence compensatoire<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"> et ailleurs <\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><i>la violence des invalides<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\">, substitut \u00e0 l&rsquo;activit\u00e9 productive chez les individus frapp\u00e9s d&rsquo;impuissance. Cette violence peut s&rsquo;exercer, individuellement contre soi dans le masochisme, l&rsquo;alcoolisme, la prise de drogue, ou dans la maladie, mais aussi contre les autres. Dans son champ imm\u00e9diat, sur ceux qui lui ont inflig\u00e9 ces blessures, s&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un adulte poss\u00e9dant quelque pouvoir ou sur des personnes n&rsquo;ayant aucun rapport avec ces blessures, si ce n&rsquo;est par projection, mais qui peuvent, du fait de leur fragilit\u00e9 ou de leur proximit\u00e9, servir d&rsquo;exutoire. Un exemple r\u00e9v\u00e9lateur est celui des enfants martyrs qui deviennent des parents bourreaux ou des tortionnaires dans les camps ou les prisons et apportent ainsi de nouveaux maillons \u00e0 la cha\u00eene du d\u00e9sespoir.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: 'Courier New';\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"> \u00ab\u00a0<\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><i>Les manifestations de vengeance, tant individuelles que nationales, prennent souvent leur source dam le besoin de panser quelque blessure narcissique par l&rsquo;an\u00e9antissement de celui qui l&rsquo;a inflig\u00e9e\u00a0<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\">\u00bb, dit Erich Fromm. On peut \u00e9tendre cette constatation \u00e0 toutes les blessures profondes qui perturbent l&rsquo;\u00e9quilibre d&rsquo;un individu comme celui d&rsquo;un groupe. L&rsquo;individu incapable d&rsquo;agir par faiblesse, angoisse, incomp\u00e9tence, cherchera un refuge dans un groupe qui lui permettra d&rsquo;agir par procuration. Le groupe et le chef de groupe auxquels il s&rsquo;identifie lui donnent l&rsquo;illusion de la force et de l&rsquo;action. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;on peut expliquer l&rsquo;adh\u00e9rence \u00e0 certaines sectes, \u00e0 des partis comme le nazisme, plus actuellement aux djihadisme..<\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"> Et l&rsquo;on pourrait conclure en disant: de certaines blessures na\u00eet un refus de la vie, un besoin de vengeance et de destruction de soi et d&rsquo;autrui. Il est donc des blessures qui ne se cicatrisent pas et qui provoquent toujours de nouvelles blessures.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\">b. Refuge dans l&rsquo;action en tant que r\u00e9action.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"> Cependant, il est des blessures qui, fort heureusement, se cicatrisent, tant bien que mal, mais qui n&rsquo;engendrent pas le besoin de d\u00e9truire ou de s&rsquo;autod\u00e9truire. Soit parce, que la confiance originelle de l\u2019\u00eatre bless\u00e9 est plus forte, et que sa pulsion de vie prend le dessus, soit parce que ses blessures ne sont pas de nature \u00e0 inhiber l&rsquo;action. La mise en place de tout un syst\u00e8me de d\u00e9fense lui permet de mieux parer les coups et de prendre sa revanche sur la vie ou sur ceux qui l\u2019ont maltrait\u00e9. On trouvera ce type d&rsquo;individu dans la politique, dans les affaires, dans l&rsquo;administration, dans la science, occupant de hauts postes \u00e0 tous les niveaux, si les moyens mat\u00e9riels et intellectuels le permettent. Sinon, ce seront des ouvriers sp\u00e9cialis\u00e9s, des artisans capables, des patrons durs \u00e0 la besogne, axant tout sur la r\u00e9ussite.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\">c. Refuge dans la solidarit\u00e9.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: 'Courier New';\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"> Mais ce besoin de revanche qui monte parfois de nos cicatrices, ne d\u00e9bouche pas toujours sur la suractivit\u00e9 qui n&rsquo;est qu\u2019une r\u00e9action. Elle peut d\u00e9boucher aussi sur la r\u00e9flexion, la prise de conscience et sur l&rsquo;action en tant que tentative de r\u00e9parer les injustices de ce monde. Peut-\u00eatre parce que nous aurons trouv\u00e9 sur notre chemin, au moment o\u00f9 la souffrance \u00e9tait la plus \u00e2cre, des personnes qui nous ont aid\u00e9s \u00e0 sortir de l\u2019orni\u00e8re et \u00e0 panser nos blessures. On pourrait expliquer ainsi les gestes de solidarit\u00e9 ou m\u00eame la solidarit\u00e9 en tant que mode de vie, qui caract\u00e9rise l&rsquo;existence de certaines personnes que nous rencontrons et dont nous pouvons admirer l&rsquo;engagement et l&rsquo;enthousiasme, lesquels sont peut-\u00eatre parfois la force du d\u00e9sespoir engendr\u00e9e par l&rsquo;incapacit\u00e9 \u00e0 r\u00e9aliser sur terre le r\u00e8gne des valeurs \u00e9ternelles, intemporelles.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\">d. Refuge dans la religion.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"> Pouss\u00e9 \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame, le sentiment d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 bless\u00e9 par la vie et de ne pouvoir trouver sur cette terre ni le contexte, ni les partenaires humains permettant de r\u00e9aliser un monde meilleur, conduit \u00e0 imaginer un autre monde dans l&rsquo;au-del\u00e0, avec un cr\u00e9ateur qui nous aurait install\u00e9s ici, comme en suspens, pour nous mettre \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve et nous faire m\u00e9riter le bonheur \u00e9ternel. La souffrance appara\u00eet alors comme une expiation ou comme une mise en condition pour la b\u00e9atitude future. La vie avec tout ce qu&rsquo;elle a de douloureux n&rsquo;\u00e9tant plus qu&rsquo;un passage, la soumission et l&rsquo;acceptation des vicissitudes de l&rsquo;existence prennent un sens. Dirig\u00e9 par un metteur en sc\u00e8ne qui conna\u00eet son m\u00e9tier et l\u2019issue de la pi\u00e8ce, il en devient l\u2019interpr\u00e8te et n\u2019en d\u00e9couvrira l\u2019intrigue qu\u2019au fil de son d\u00e9roulement. Et c&rsquo;est ainsi que, tout comme l&rsquo;\u00eatre bless\u00e9 et frapp\u00e9 d&rsquo;impuissance se r\u00e9fugie derri\u00e8re l&rsquo;autorit\u00e9 d&rsquo;un chef et dans le giron d&rsquo;une secte ou d&rsquo;un parti tout-puissant, il se r\u00e9fugie dans la foi, dans un monde dont le ma\u00eetre omnipotent d\u00e9tient le pouvoir et la clef. Un Dieu qui le regarde vivre d&rsquo;un \u0153il attentif, exigeant mais bienveillant. <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: 'Courier New';\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\">La religion devient donc, selon l&rsquo;expression de Bergson, \u00ab\u00a0<\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><i>une r\u00e9action d\u00e9fensive&#8230; contre le pouvoir dissolvant de l&rsquo;intelligence.\u00a0\u00bb<\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><b>De toute cicatrice monte une v\u00e9rit\u00e9.<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: 'Courier New';\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\">\u00ab\u00a0<\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><i>La v\u00e9rit\u00e9 fera de vous des \u00eatres libres.\u00a0<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\">\u00bb affirme Freud. La v\u00e9rit\u00e9 sur nous-m\u00eames, entend-il s\u00fbrement, mais aussi l\u2019affrontement de la r\u00e9alit\u00e9 que n\u00e9cessite la conqu\u00eate de sa propre ind\u00e9pendance. Aux d\u00e9pens d&rsquo;une certaine l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, peut-\u00eatre et c&rsquo;est en cela que r\u00e9side une partie de la crispation. \u00ab\u00a0<\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><i>C&rsquo;est quand il est joyeux pr\u00e9cis\u00e9ment, qu&rsquo;on comprend qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 triste autrefois. Car ne devient pas innocent qui veut, ne rit pas qui veut indistinctement de ce qui est s\u00e9rieux et de ce qui ne l&rsquo;est pas.\u00a0\u00bb\u00a0<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"> Peut-\u00eatre est-ce cet homme-l\u00e0, que d\u00e9crit Marguerite Duras qui appara\u00eet lorsque ses blessures se sont cicatris\u00e9es et qu&rsquo;il a su mettre \u00e0 profit son exp\u00e9rience douloureuse pour approfondir la compr\u00e9hension de soi, des autres, du sens de la vie et trouver une sorte de sagesse qui est sa v\u00e9rit\u00e9. Est-ce une v\u00e9rit\u00e9 crisp\u00e9e que d\u2019avoir appris \u00e0 n\u2019attendre rien, de se r\u00e9jouir du bonheur qui nous est parfois donn\u00e9 et, sachant d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment que nous ne pourrons pas changer le monde, de ne pas contribuer \u00e0 l&rsquo;enlaidir ou \u00e0 le d\u00e9truire.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: 'Courier New';\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><b>II. Les cicatrices et la cr\u00e9ation<\/b><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: 'Courier New';\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\">\u00ab\u00a0<\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><i>O\u00f9 je cr\u00e9e, je suis et je voudrais trouver la force de b\u00e2tir toute ma vie sur cette v\u00e9rit\u00e9 et l&rsquo;encha\u00eener \u00e0 cette joie \u00e9l\u00e9mentaire qui m&rsquo;est parfois accord\u00e9e\u00a0\u00bb, <\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\">dit Rainer-Maria Rilke. Et ailleurs il questionne: \u00ab\u00a0<\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><i>Pourquoi voulez-vous exclure de votre vie souffrances, inqui\u00e9tudes, pesantes m\u00e9lancolies dont vous ignorez l&rsquo;\u0153uvre en vous ?\u00a0\u00bb<\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\">En r\u00e9sumant ces deux citations, on pourrait dire que pour Rilke:<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\">*Etre, c&rsquo;est cr\u00e9er;<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\">*Il n&rsquo;y a pas de cr\u00e9ation sans souffrance;<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\">*La joie \u00e9l\u00e9mentaire de cr\u00e9er vaut bien la peine d&rsquo;encha\u00eener sa vie \u00e0 la cr\u00e9ation pour le meilleur et pour le pire. <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: 'Courier New';\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\">Ren\u00e9 Wiroth me faisait remarquer lors d\u2019une discussion: <\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><i>\u00ab\u00a0La souffrance ouvre le champ de la conscience, mais n&rsquo;ouvre pas forc\u00e9ment le champ d&rsquo;action\u00a0! \u00ab\u00a0. <\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\">Il est vrai que la souffrance ne produit pas obligatoirement le d\u00e9sir ou la capacit\u00e9 de cr\u00e9er et la cr\u00e9ation elle-m\u00eame n\u2019exclue pas la souffrance. Vaincre la peur de la page ou de la toile blanche, de la terre glaise, de la pierre brute, sont un processus souvent douloureux et le fait de s\u2019y confronter exige une part de renoncement \u00e0 ces petites choses futiles qui adoucissent la vie courante, sachant que l\u2019inspiration n\u2019est pas toujours au rendez-vous et que l\u2019aboutissement d\u2019une \u0153uvre n\u2019est pas le lot quotidien du cr\u00e9ateur. Mais cette confrontation avec la mati\u00e8re, les mots, les images ou les notes de musique est un acte lib\u00e9rateur, dans la mesure o\u00f9 il sert d\u2019exutoire. Si \u00ab\u00a0<\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><i>l&rsquo;acte des muses\u00a0<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\">\u00bb, selon l&rsquo;expression de Val\u00e9ry, qui, dans sa puret\u00e9 totale, d\u00e9bouche sur la beaut\u00e9, parfois gratuite et toujours myst\u00e9rieuse, est ind\u00e9pendant des \u00e9v\u00e9nements de la vie du cr\u00e9ateur, il y trouve pourtant son germe. L&rsquo;\u0153uvre jaillit d&rsquo;un autre moi que celui qui se manifeste dans la vie courante, mais le v\u00e9cu sont les sources o\u00f9 elle s&rsquo;abreuve. Si le bonheur d\u2019\u00eatre peut demander \u00e0 s\u2019exprimer, la souffrance, elle, demande \u00e0 \u00eatre transgress\u00e9e, \u00e0 moins qu&rsquo;elle ne paralyse. Il est, pour le cr\u00e9ateur comme pour celui qui n&rsquo;a pas recours \u00e0 cet exutoire, un moment o\u00f9 la blessure est si vive, la souffrance si pr\u00e9sente, si envahissante, qu&rsquo;elle le r\u00e9duit \u00e0 l&rsquo;impuissance totale. Tout se passe comme s&rsquo;il \u00e9tait coup\u00e9 de ses sources vives, comme s&rsquo;il avait perdu le chemin de ses propres sources d&rsquo;\u00e9nergie. Mais cette paralysie, pour celui qui a d\u00e9couvert le bonheur de cr\u00e9er, est souvent passag\u00e8re.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: 'Courier New';\"><span style=\"font-size: small;\"> <span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><i>\u00ab\u00a0L&rsquo;homme grand, l&rsquo;homme exceptionnel, se trouve d&rsquo;une mani\u00e8re presque quotidienne dans ce m\u00eame \u00e9tat o\u00f9 l&rsquo;homme ordinaire d\u00e9sesp\u00e8re de vivre et recourt au suicide<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\">\u00a0\u00bb, remarque Richard Wagner. L<\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><i>&lsquo;homme exceptionnel, <\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\">est \u00e9videmment pour Wagner le cr\u00e9ateur de g\u00e9nie, aux prises avec l\u2019inspiration et toute l&rsquo;abn\u00e9gation que cet isolement n\u00e9cessaire implique. On peut \u00e9tendre cette remarque \u00e0 tout homme qui engage sa vie dans une action, humanitaire ou politique par exemple, et surtout dans la cr\u00e9ation &#8211; ce <\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><i>choix transcendantal <\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\">comme le nomme Kant.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"> La cr\u00e9ation peut servir \u00e0 d\u00e9passer son propre mal, \u00e0 l&rsquo;exorciser, soit par sa repr\u00e9sentation, soit par l&rsquo;aspiration \u00e0 une beaut\u00e9 sup\u00e9rieure. Elle peut \u00eatre m\u00eame l&rsquo;ultime issue au d\u00e9sespoir, dans la mesure o\u00f9 elle donne un sens \u00e0 la vie, comme pour Van Gogh par exemple, m\u00eame si sa lutte aboutit finalement au suicide.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: 'Courier New';\"><span style=\"font-size: small;\"> <span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><i>\u00ab\u00a0De toutes les \u00e9coles de la patience et de la lucidit\u00e9, la cr\u00e9ation est la plus efficace\u00a0\u00bb <\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\">affirmait Camus. Mais elle est peut-\u00eatre aussi une fa\u00e7on de r\u00e9concilier le cr\u00e9ateur avec ceux qui se donnent la peine d&rsquo;approcher son \u0153uvre, et avec la laideur du monde. \u00ab\u00a0<\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><i>Nous avons l&rsquo;art pour ne pas p\u00e9rir devant la v\u00e9rit\u00e9\u00a0<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\">\u00bb \u00e9crivait Nietzsche dans <\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><i>La volont\u00e9 de puissance<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\">. L&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9 constante entre le r\u00eave, l&rsquo;imagination et la r\u00e9alit\u00e9 dans laquelle s&rsquo;op\u00e8re la cr\u00e9ation, peut la faire appara\u00eetre comme une fuite o\u00f9 l&rsquo;on oscille entre la vie et sa repr\u00e9sentation. Mais l&rsquo;art qui pleure, accuse, chante, se rie de la r\u00e9alit\u00e9, pour le bien du cr\u00e9ateur qu&rsquo;il lib\u00e8re de sa souffrance dans la souffrance m\u00eame de la cr\u00e9ation, comme il lib\u00e8re celui qu&rsquo;il enchante, auquel il permet parfois de mieux comprendre le monde transfigur\u00e9 qu&rsquo;il lui est permis d&rsquo;approcher.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: 'Courier New';\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><i>\u00ab\u00a0Il n&rsquo;est pas \u00e0 la beaut\u00e9,<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"> \u00e9crit Jean Gen\u00eat dans son petit livre sur Giacometti<\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><i>, d&rsquo;autre origine que la blessure singuli\u00e8re, diff\u00e9rente pour chacun, cach\u00e9e ou visible, que tout homme garde en soi, qu&rsquo;il pr\u00e9serve et o\u00f9 il se retire quand il veut quitter le monde pour une solitude temporaire, mais profonde. Il y a donc loin de cet art \u00e0 ce qu&rsquo;on nomme le mis\u00e9rabilisme. L&rsquo;art de Giacometti me semble vouloir d\u00e9couvrir cette blessure secr\u00e8te de tout \u00eatre et m\u00eame de toute chose, afin qu&rsquo;elle les illumine.\u00a0\u00bb<\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: 'Courier New';\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"> Il s&rsquo;agit d&rsquo;une certaine mani\u00e8re dans la cr\u00e9ation, de traiter le mal par le mal. Le mal en soi, le mal que l&rsquo;on d\u00e9couvre autour de soi. C&rsquo;est l\u00e0 la fonction de Guernica. La souffrance est mise \u00e0 nu. Le meurtre, la violence, le d\u00e9sespoir. \u00ab\u00a0<\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><i>Je voudrais qu&rsquo;ils montent se placer dans la toile en grimpant comme des cafards\u00a0\u00bb<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\">, dit Picasso \u00e0 Malraux venu lui rendre visite dans son atelier pendant qu&rsquo;il travaillait sur cette toile. Guernica est noir. Comme les gros titres des quotidiens de l&rsquo;\u00e9poque qui disent \u00e0 l&rsquo;homme de la rue, noir sur blanc, sa terrible v\u00e9rit\u00e9. Il est noir et blanc, comme les films d&rsquo;actualit\u00e9s. Comme les photos envoy\u00e9es d\u2019Espagne, montrant toute l&rsquo;horreur de l&rsquo;an\u00e9antissement total, gratuit, de la ville-symbole du peuple basque, en quatre heures, par des centaines de torpilles a\u00e9riennes de plus de mille kilos, et trois mille bombes incendiaires. Guernica est le placage sur la toile de la stupeur et de la souffrance de Picasso en d\u00e9couvrant l&rsquo;\u00e9tendue de l&rsquo;horreur dans les journaux. Mais ce cri d&rsquo;effroi est aussi l\u2019expression de la r\u00e9volte et un appel au monde pour une prise de conscience et un refus de la violence.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: 'Courier New';\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"> M\u00eame d\u00e9marche, dans un autre registre esth\u00e9tique, chez Andy Warhol. Alors que le monde m\u00e9diatique, et particuli\u00e8rement la t\u00e9l\u00e9vision, tend \u00e0 banaliser l&rsquo;image de la mort, Warhol r\u00e9plique cyniquement en exag\u00e9rant cet effet et en produisant une hyperbanalisation de la mise \u00e0 mort et de la violence. Je pense \u00e0 son tableau repr\u00e9sentant la chaise \u00e9lectrique, r\u00e9p\u00e9t\u00e9 \u00e0 l&rsquo;infini. Dans sa s\u00e9rie de tableaux <\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><i>Pistolets couteaux et croix,<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"> il utilise comme mod\u00e8le le pistolet qui avait servi \u00e0 la f\u00e9ministe Val\u00e9rie Solanis pour l&rsquo;attentat dont il fut victime, attentat dont il ne s&rsquo;est jamais remis, pour exprimer sa propre souffrance et sa r\u00e9volte devant la violence de notre temps.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"> La cr\u00e9ation permet en quelque sorte de combattre la souffrance qu&rsquo;engendre un \u00e9tat de fait d\u00e9sesp\u00e9rant, en poussant l&rsquo;illusion \u00e0 son paroxysme jusqu&rsquo;au point o\u00f9 la r\u00e9alit\u00e9 elle-m\u00eame appara\u00eet comme une illusion. L&rsquo;univers de d\u00e9shumanisation et d&rsquo;ali\u00e9nation bureaucratique dans lequel nous entra\u00eene Kafka, finit par nous appara\u00eetre plus vrai que le monde r\u00e9el que nous y reconnaissons.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: 'Courier New';\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\">Et j&rsquo;en arrive \u00e0 Frida Kahlo. Atteinte de poliomy\u00e9lite d\u00e8s l&rsquo;enfance. Victime d&rsquo;un horrible accident \u00e0 dix-sept ans, qui fera de sa vie \u00ab\u00a0une longue agonie \u00a0\u00bb de son corps ~ <\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><i>un marasme<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"> \u00ab\u00a0selon ses propres termes. Frida Kahlo, dont Diego Rivera, son mari, le plus grand peintre mexicain de son \u00e9poque, dira: \u00ab\u00a0<\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><i>Le seul exemple de l&rsquo;art de quelqu&rsquo;un qui s&rsquo;arrache sein et c\u0153ur pour dire la v\u00e9rit\u00e9 biologique qu&rsquo;elle sent en eux\u00a0<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\">\u00bb. Elle se peindra toute sa vie, elle et ses blessures, symboles des blessures du peuple mexicain auquel elle s&rsquo;identifie et pour lequel elle lutte. Elle sera son unique mod\u00e8le, surtout pendant les deux ans qu&rsquo;elle passera clou\u00e9e au lit devant son miroir.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: 'Courier New';\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\">Sa cr\u00e9ation est sa force, la manifestation de sa lutte. Sa peinture est l&rsquo;expression infinie de la douleur et une mani\u00e8re de l&rsquo;apprivoiser. Je cite Rauda Ramis, l&rsquo;auteur d&rsquo;un livre poignant sur Frida: <\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><i>\u00ab\u00a0Moi je dis qu\u2019emmurer sa souffrance c&rsquo;est risquer de se laisser d\u00e9vorer, par elle de l&rsquo;int\u00e9rieur, et par des chemins troubles et insens\u00e9s. Que la force qu&rsquo;on n&rsquo;exprime pas est implosive, ravageante, autodestructrice. Qu&rsquo;exprimer, c&rsquo;est commencer \u00e0 se lib\u00e9rer.\u00a0\u00bb<\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: 'Courier New';\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"> Le meilleur t\u00e9moignage en est certainement le recueil des Lettres de Van Gogh \u00e0 son fr\u00e8re Th\u00e9o. Un livre dont on peut dire qu&rsquo;il est aussi riche que son \u0153uvre picturale, mais explicite aussi quant au sujet de ma planche.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: 'Courier New';\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"> Van Gogh, bless\u00e9 \u00e0 mort par l&rsquo;incompr\u00e9hension de son p\u00e8re pasteur, aust\u00e8re, exigeant, m\u00e9prisant \u00e0 son \u00e9gard. Incompris et rejet\u00e9 par le clerg\u00e9 dans son \u0153uvre sociale, ind\u00e9sirable partout o\u00f9 il passe, comme \u00a0<\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><i>un grand chien hirsute<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\">\u00a0 qui entre <\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><i>avec ses pattes mouill\u00e9es<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\">\u00a0 et qui de plus <\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><i>aboie bruyamment<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"> selon ses propres termes. Et il s&rsquo;attelle \u00e0 l&rsquo;art, comme \u00e0 un fiacre. \u00ab\u00a0<\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><i>On pr\u00e9f\u00e9rerait vivre dans une prairie avec un soleil, une rivi\u00e8re, la compagnie d&rsquo;autres chevaux \u00e9galement libres, et l&rsquo;acte de la g\u00e9n\u00e9ration&#8230; Je ne sais pas qui a appel\u00e9 cet \u00e9tat: \u00eatre frapp\u00e9 de mort et d&rsquo;immortalit\u00e9. Le fiacre que l&rsquo;on tra\u00eene, \u00e7a doit \u00eatre utile \u00e0 des gens qu&rsquo;on ne conna\u00eet pas. Et voil\u00e0, si nous croyons \u00e0 l&rsquo;art nouveau, aux artistes de l&rsquo;avenir, notre pressentiment ne trompe pas&#8230; Nous ne nous sentons pas mourir, mais nous sentons la r\u00e9alit\u00e9 de ce que nous sommes peu de chose; et que pour \u00eatre un anneau dans la cha\u00eene des artistes, nous payons un prix raide de sant\u00e9, de jeunesse, de libert\u00e9, dont nous ne jouissons pas du tout, pas plus que le cheval de fiacre, qui tra\u00eene une voiture de gens qui s&rsquo;en vont jouir eux du printemps.\u00a0\u00bb<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"> Et pourtant, quel qu&rsquo;en soit le prix, la cr\u00e9ation est pour Van Gogh le seul rem\u00e8de. Mais elle est aussi la seule v\u00e9rit\u00e9 qui lui soit accessible et transmissible, donnant un sens \u00e0 sa souffrance intrins\u00e8que, vu sa propre exigence de vie, ses difficult\u00e9s d&rsquo;adaptation sociale et sa fragilit\u00e9.<\/span><\/span><i> <\/i><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\">Sa propre mis\u00e8re dans tous les sens du terme, mais aussi celle qu\u2019il a c\u00f4toy\u00e9e et qui lui fut insupportable, constitue la trame de son \u0153uvre \u00e9crite et picturale. Il fait partie de ceux qui l&rsquo;ont v\u00e9cue dans leur propre chair, mais aussi de ceux qui ont assist\u00e9 dans le borinage \u00ab\u00a0<\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><i>un peu de temps seulement au cours gratuit de la grande universit\u00e9 de la mis\u00e8re humaine\u00a0\u00bb <\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\">selon ses termes. La v\u00e9rit\u00e9 qu&rsquo;il exprime, en se mesurant avec la vie, et <\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><i>que serait la vie si l&rsquo;on n&rsquo;osait se mesurer avec elle<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\">, dit-il &#8211; est celle d&rsquo;un homme qui <\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><i>laboure comme un vrai poss\u00e9d\u00e9<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\">. Et c&rsquo;est dans les sillons de son champ, sur lequel il trime, qu&rsquo;il trouve les moyens de survivre.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"en-US\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span lang=\"fr-FR\"><span style=\"font-size: medium;\"> Je voudrais clore sur ces mots sur lesquels Van Gogh a referm\u00e9 les pages de sa vie.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"en-US\" align=\"justify\"><span style=\"font-family: 'Liberation Serif', serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>\u00ab\u00a0Je sens tellement que l&rsquo;histoire des gens est comme l&rsquo;histoire du bl\u00e9; si on n&rsquo;est pas sem\u00e9 en terre pour y germer, qu&rsquo;est-ce que \u00e7a fait, on est moulu pour devenir du pain. \u00ab\u00a0<\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\">De toute cicatrice na\u00eet une v\u00e9rit\u00e9 .<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\">Mich\u00e8le Frank, le 3.9.2014<\/span><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De toute cicatrice na\u00eet une v\u00e9rit\u00e9 crisp\u00e9e Introduction Pendant des ann\u00e9es, ce cri que j&rsquo;ai [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":96,"parent":747,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.frank-wiroth.lu\/michele-frank\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/189"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.frank-wiroth.lu\/michele-frank\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.frank-wiroth.lu\/michele-frank\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.frank-wiroth.lu\/michele-frank\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.frank-wiroth.lu\/michele-frank\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=189"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/www.frank-wiroth.lu\/michele-frank\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/189\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1002,"href":"https:\/\/www.frank-wiroth.lu\/michele-frank\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/189\/revisions\/1002"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.frank-wiroth.lu\/michele-frank\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/747"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.frank-wiroth.lu\/michele-frank\/wp-json\/wp\/v2\/media\/96"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.frank-wiroth.lu\/michele-frank\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=189"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}